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19 nov. 2015 16:05:00

Comment renforcer la sécurité en France ?

Les attentats, outre la mise en évidence de certaines failles dans le renseignement, posent d'importantes questions en termes de sécurité publique et de protection des sites, sensibles ou non. 

Le modus operandi des terroristes et leur détermination font dire à de nombreux experts qu'il est très difficile de se prémunir contre de tels actes. Est-ce à dire que le pire est devant nous ? Peut-être. Toujours est-il que de l'attente des résultats des mesures annoncées par le Président de la République, les Français doivent comprendre qu'il va falloir mettre en place des moyens drastiques pour sécuriser l'espace public, les grands magasins, les gares, nos lieux de travail… Nous allons devoir accepter de nous discipliner et de nous soumettre à des contrôles stricts, à des fouilles. Notre sécurité passe aussi par là.

Discipline sociale
Il faut donc que nos compatriotes se préparent à vivre sous la menace d'autres attentats et acceptent de respecter certaines règles de sécurité. « Les Français doivent comprendre qu'on ne peut plus faire n'importe quoi et faire preuve d'un peu de discipline sociale pendant le laps de temps nécessaire à l'éradication de la menace. Je sais bien que tout le monde va me répondre qu'il faut continuer à vivre comme si de rien n'était. Nous ne devons pas mettre en danger nos familles. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous exposer de manière inconsidérée face à la menace terroriste. Un exemple. Quand la police, par mesure de sécurité, nous conseille de rester chez nous en cas d'attentat, faisons-le. Sinon, les pouvoirs publics seront contraints de prendre des mesures plus coercitives qui limiteront nos libertés individuelles... », explique Xavier Raufer, criminologue. 

Même constat pour Daniel Cerdan, ancien du GIGN, auteur d’un ouvrage ''Dans les coulisses du GIGN'' * : « On ne peut plus tergiverser et les Français doivent se discipliner. Nous avons franchi un cap (les ceintures explosives), avec les attentats du 13 novembre, un cran dans la violence terroriste. Nos concitoyens doivent comprendre qu'il va leur falloir se soumettre à des contrôles stricts pour pénétrer dans certains bâtiments. On ne peut qu'encourager les responsables de la sécurité à mettre en place des procédures de fouilles des sacs, des fouilles au corps pour repérer les ceintures d’explosifs et réduire au maximum le risque. Je n'hésiterais pas à conseiller la généralisation de l'utilisation des détecteurs de métaux comme on le fait pour des sites particulièrement sensibles ».


Solutions techniques
En attendant, services publics et entreprises prennent des mesures. Si Ségolène Royal s'est déclarée favorable à l'installation de portiques de détection dans les gares pour tous les trains (et pas uniquement pour les trains internationaux), la SNCF et la RATP ont décidé de muscler leurs dispositifs. Ainsi, outre le déploiement de militaires dans les gares, les attentats devraient provoquer une accélération du recrutement de nouveaux agents de la SUGE (police de la SNCF) et du GPRS (RATP) et leur déploiement sur le réseau.
Côté technique, le patron de la SNCF a expliqué que la préfecture de police testait une machine qui “renifle” les colis et est capable de distinguer un bagage normal. Par ailleurs, des logiciels de vidéo-patrouille permettront de repérer des personnes dont le comportement est jugé erratique et les suivre dans une gare grâce au réseau de caméras.
D'autres secteurs d'activités se mobilisent. Ainsi, comme le révélait notre confrère Le Figaro, l'industrie chimique, par la voix de l'UIC, a demandé « le retrait des informations sensibles sur Internet dès le moins de juillet : informations sur les stocks de produits dispersifs, explosifs, ou productions sensibles. Nous avons réitéré avec une grande fermeté cette demande vendredi dernier et mardi 17 novembre », indique Jean Pelin. Le directeur général de l'UIC. Car comme le souligne notre confrère, « il suffit de taper plans de prévention des risques technologiques (PPRT) et le nom de l'entreprise sur Google et on a accès à tous les éléments relatifs aux PPRT de notre site en libre accès sur le site de la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement »…
« Les sites industriels, les établissements recevant du public… doivent mettre en place des mesures assez simples et pas trop coûteuses qui leur permettront d'accroître l'espace sécurisé autour de leur site, ajoute Daniel Cerdan. Définir un premier périmètre qui permettra d'assurer un premier filtrage des personnes avec présentation de leur badge, du billet d'accès au stade… Ensuite, un autre poste fouillera les gens et leurs sacs. Pourquoi ne pas envisager également, comme on le fait pour les ambassades, de créer une zone de glacis de plusieurs dizaines de mètres dans laquelle il sera interdit aux véhicules de stationner. Autre mesure simple : baisser les lumières. Cela permet de voir ce qui se passe à l'extérieur du bâtiment et dissimule l'intérieur de celui-ci. Enfin, si on revient sur le drame de Charlie Hebdo, rappelons que depuis 2008, les menaces pesant sur les membres de la Rédaction étaient grandissantes. On peut regretter que le site n'ait pas été équipé d'un sas de sécurité asservi à un détecteur de métaux et verrouillant l'accès à l'immeuble en cas de détection ».

Un échec des services ?

Alors qu'on apprend que l'assaut mené à Saint-Denis par le Raid et la BRI a permis de tuer l'organisateur supposé des attentats, on peut se poser quelques questions, légitimes, sur l'efficacité des services de renseignement. Ce que n'hésite pas à faire le criminologue Xavier Raufer : « Mohammed Merah a tué 7 personnes. Les frères Kouachi et Coulibaly 17. Vendredi dernier, les terroristes en ont abattu 129. Nous sommes face à une courbe réellement exponentielle. Combien de morts la prochaine fois ? Ce simple constat nous oblige à poser la question de la compétence des dirigeants du renseignement intérieur et donc de la DGSI qui emploie plus de 3.000 personnels et de leur capacité actuelle à empêcher les terroristes de passer à l'acte. Car enfin soyons clairs, on ne peut se contenter de venir expliquer aux Français que les terroristes étaient connus des services. Qu'ils avaient fait l'objet d'une fiche S. On ne demande pas aux services de renseignements de venir nous expliquer qu'ils ont bien fait leur travail. On leur demande d'empêcher la survenue des attentats. Ils ont échoué… ».

« Changer de logiciel »
Lundi, le Président de la République est intervenu devant le congrès réuni à Versailles. Au cours de son discours, François Hollande a présenté aux élus de la Nation les mesures devant permettre de juguler la menace terroriste. Elles vont de la prolongation pour trois mois de l'état d'urgence, instauré dans la nuit du 13 au 14 novembre, à une modification de la Constitution car le Président estime que l’article 36, qui organise l’état de siège, et l’article 16, déclaré en cas de péril imminent, d’insurrection armée ou d’attaque étrangère, ne sont pas adaptés à la situation actuelle puisque, si nous sommes en guerre, « cette guerre est d’un autre type » et « appelle un régime constitutionnel permettant de gérer l’état de crise ». Si, pour Xavier Raufer, « ces mesures, en elles-mêmes, vont dans le bon sens, elles ne seront efficaces que si on change de logiciel. On peut en effet mettre en place toutes les mesures sécuritaires qu'on veut, si le diagnostic est mauvais, on ne résoudra pas le problème. Or, je le répète, les dirigeants du renseignement intérieur ont failli. Après l'affaire Merah, Manuel Valls avait très clairement expliqué aux responsables des services qu'il ne voulait pas que cela se reproduise. Nous avons eu Charlie Hebdo, Vincennes et le 13 novembre 2015. Après l'attaque du Musée du Bardo, en mars dernier, le pouvoir tunisien avait démissionné des responsables de la sécurité… ».

Alors que faire ? « Il nous faudrait déjà connaître notre ennemi. Qu'est-ce que l’État islamique ? Qui nos frappes aériennes visent-elles en Syrie ?, ajoute le criminologue. Je tiens tout de même à rappeler à nos dirigeants que les 50 principaux chefs de cette organisation ne sont pas des islamistes. Ce sont tous d'anciens généraux et officiers supérieurs de Saddam Hussein. Alors quel est leur but ? Qui et quoi doit-on viser ? On sait les horreurs que commettent les membres de l'EI. Mais sait-on réellement qui ils sont ? Non. Sans cette connaissance, nos objectifs seront mal définis et notre guerre se trompera de cible ».
*  Editions Calmann-Lévy

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