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Directeurs sécurité-sûreté. Déconfinement : des risques inédits à prendre en compte


Publié le 13 mai 2020 08:21:00

 

Depuis lundi, nous sommes entrés en phase de déconfinement. Les entreprises, après avoir gérer la période de confinement, ont dû mettre en place les mesures permettant d’accueillir, dans les meilleures conditions de sécurité, leurs salariés. Les directeurs sécurité-sûreté, avant et après le 11 mai, ont été en première ligne. L’Agora des directeurs sécurité-sûreté a sondé ses 450 membres pour leur demander comment ils se sont préparés à la fin du confinement.

Renforcement des mesures de sécurité

Ainsi 74 % des acteurs concernés, ayant répondu au sondage, ont renforcé leurs mesures de sécurité, via un accroissement des procédures de sécurité/sûreté, dans 92 % des cas, et une augmentation

du nombre d’agents de sécurité dans 36 % des cas. 75 % ont modifié la configuration des espaces, comme la fermeture de certains accueils au public et le réaménagement de ceux restés ouverts, avec, parfois, l’instauration d’un filtrage incluant parfois l’utilisation de moyen technologiques supplémentaires. Des hygiaphones ont de nouveau été mis en place, notamment dans les PC de sécurité. Par ailleurs, 92 % des répondants ont mis en oeuvre des process particuliers, comme le décalage de prises de postes, de façon à limiter les contacts, le report d'opérations non urgentes dans les centres hospitaliers, l’accueil limité et individualisé de clients avec le respect des distances pour les banques… Certains ont instauré la prise de température, de façon manuelle ou via des caméras thermographiques.

« Toutes les grandes entreprises planchent sur le sujet et se demandent quelles mesures mettre en place, pour le 11 mai : Qui revient ? Sur quels critères ? Quelle sera la répartition des équipes ? Comment ne pas discriminer ? Comment poursuivre le télétravail ? Quelles préconisations pour les trajets des collaborateurs retournant au bureau ? Pourrons-nous prendre les transports en commun en toute quiétude, ou bien devrons-nous privilégier les transports individuels, lorsque cela est possible ? Quelles seront les aides octroyées par l’entreprise ? Attendons-nous à un déconfinement très difficile … Les extrêmes haranguent les foules numériques et se préparent à battre le vrai pavé… Ce, dès le premier samedi suivant le déconfinement ! », prévient Laurent Allais, responsable du département sûreté-sécurité-prévention du LCL et président du Club Agora des Directeurs sécurité-sûreté de Paris. Avant d’ajouter « tous ceux qui peuvent poursuivre en télétravail doivent le faire ». Car s’il est indéniable qu’il y a urgence à relancer l’économie, il est également prioritaire de « travailler en toute sécurité, la nôtre et celle des autres ». Et pour ce faire, il est indispensable de prendre en compte les risques sanitaires, qui pourraient rester élevés, lors du déconfinement.

Des risques sanitaires à prendre en compte lors de la réouverture des sites

Si l'OMS comme la France recommandent de maintenir, a minima, un mètre de distance, pour éviter la propagation du virus, la distance préconisée, chez les monégasques, en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, est de 1,5 mètre. Pour d’autres pays comme l’Italie, l’Espagne et les Etats- Unis, elle atteint 2 mètres… Pour Laurent Allais, il semble que « ce soit vraiment plus prudent de respecter ces 2 mètres ». La mise en place de protections plexiglass est même, selon lui, fortement conseillée.

Cependant, respecter ces règles de distanciation nécessite de repenser l’espace, au travail. Cela signifie, tout d’abord, que les bureaux devront être espacés ; ce qui implique, inévitablement, moins de postes par site.

Pour David Toubalem, chef de service Sûreté de la Bibliothèque Nationale de France et vice-président du Club : « Aucune circonstance ne sera anodine, lors de la reprise ». Par exemple, concernant les ascenseurs, tout particulièrement pour les immeubles de grande hauteur, « la situation est effectivement très complexe. Actuellement, les personnes, peu nombreuses, se retournent toutes vers la paroi par automatisme. Et si certains ascenseurs, en temps normal, peuvent accueillir plusieurs dizaines de personnes, comment gérerons-nous cette conjoncture, demain. Quel sera le nombre maximal autorisé ? », s’interroge-t-il.

En ce qui concerne la gestion des restaurants d’entreprises ou inter-entreprises, Laurent Allais souligne que « la gestion sera très différente, selon qu’ils accueillent, habituellement, 200 ou 5.000 personnes. Certains pourront ouvrir, moyennant un certain aménagement, d’autres ne le pourront sans doute pas. »

Autre grosse problématique : la gestion des files d’attentes. Pour David Toubalem, « les files d’attente, dans les espaces publics, sont exponentielles. Accueillir du public, en nombre, sera un sujet délicat car les files d’attentes extérieures ne sont pas conseillées avec la posture Vigipirate. Devons-nous tendre vers une automatisation de l’ouverture des portes, plutôt que de garder des poignées ? Devons-nous intensifier la mise à disposition de gel hydroalcoolique ? Devons-nous mettre en place un fléchage indiquant le sens de la marche ? Et surtout, comment reprendre les expositions, les spectacles, les colloques, tout en s’assurant du respect des distances de sécurité et des gestes barrières ? Nous attendons des lignes directrices plus précises pour commencer à mettre en place des procédures… En outre, le calcul des jauges des espaces pourrait être revu, dès que le cadre réglementaire et les directives seront actés. »

Même réflexion du côté de Jacques Kerdoncuff, officier de sécurité, responsable Sécurité des personnes et des biens du Groupe Société Générale, membre du comité de pilotage du Club :  « Je suis très réservé quant à la réintégration d’envergure des immeubles avant l’été, et reste en attente de règles plus précises, émanant de l’Etat. La reprise amènerait de nombreux aménagements administratifs, comme modifier le règlement intérieur, mais également le document unique d’évaluation des risques (DUER), en imposant, par exemple, le port du masque. Par ailleurs, quelles régions seront déconfinées en premier, quels métiers ? Allons-nous mettre en place un roulement d’équipes ? Nous sommes également dépendants d’acteurs locaux. Pour ce qui concerne la Défense, il sera important de bien dimensionner et planifier les moyens de transport, et veiller à la réouverture de la restauration dans un respect strict des règles sanitaires et de distanciation. Or, sans règles précises, prédéfinies, il nous est difficile de programmer mi-avril un quelconque plan de reprise d’activité. Notre cellule de crise et de Continuité d’activité travaille, néanmoins, à identifier les métiers qui devront prioritairement retourner sur le lieu de travail, à partir du 11 mai. Nous pourrons alors déterminer le pourcentage de collaborateurs pouvant intégrer les locaux, tout en limitant, au maximum, les risques sanitaires. »

Actualiser les plans de prévention

Depuis l’annonce de la date du déconfinement, les directeurs sécurité-sûreté réfléchissent au plan de reprise d’activité le plus adéquat à mettre en place, en anticipant tout risque sanitaire éventuel lié au retour des salariés.

Pour Laurent Allais, « il semble, dès à présent, raisonnable d’actualiser nos plans de prévention. Certains proposent d’adjoindre une annexe aux plans existants ; cela parait une idée intéressante. »

En dehors des gestes barrières et autres mesures à déployer, devons-nous être favorables aux dispositifs électroniques actuellement proposés, comme le tracing, la prise de température ? Est-ce légal ? Est-ce le rôle des agents de sécurité ? Est-ce éthique ? Autant de nouvelles questions, sans réponse, à l’heure actuelle, mais juste à l’étude… « Il est certain que toutes les mesures et réorganisations feront l’objet d’échanges préalables avec les organisations syndicales », précise le Président du Club Agora Sécurité-Sûreté de Paris, qui prévient « nous devons être attentifs et vigilants, car les mesures que nous mettrons en place auront des conséquences fort impactantes. Aussi, les dispositifs proposés doivent être analysés avec beaucoup de discernement. C’est un sujet que nous aborderons lors de notre prochaine visioconférence dédiée aux questions juridiques. »

En outre, selon Laurent Allais, il est certain que cette période de crise nous invite à réfléchir sur l’organisation de la société, demain : « Comment les open-spaces vont il survivre au Covid ? Plus largement, comment vont évoluer les politiques de gestion de nos surfaces et de nos patrimoines ? Comment les politiques de développement durable vont elle se confronter à ces nouvelles organisations ? Nous prônions l’utilisation des transport en commun, voici tout juste un mois ; quelles seront nos préconisations, mi-mai, concernant les salariés qui reviendront au bureau ? »

Quant à Jacques Kerdoncuff, « l’impact économique de cette crise sanitaire sera violent. A cela va s’ajouter une réflexion quant à la sécurité informatique ; les experts insistent, nous sommes sous la menace croissante de cyber attaques ou fraudes via Internet. Le virus sanitaire ne doit surtout pas donner naissance, par négligence ou précipitation, à un virus informatique qui aggraverait encore plus la crise économique ! »

© Getty Images

 

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