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Indispensable renforcement des mesures de sécurité aéroportuaire


Publié le 24 mars 2016 13:04:00

 

Les attentats de Bruxelles révèlent la difficulté de sécuriser les aérogares dans les aéroports. Pour certains experts, ces aérogares, en accès libre, sont même le points faible de l'aérien. 

Car malgré la présence de militaires et les caméras de surveillance qui servent le plus souvent à identifier les terroristes après les attentats, ces mesures ne permettraient pas d'empêcher un individu déterminé de pénétrer dans l'aérogare et de tirer dans la foule ou de déclencher sa ceinture d'explosifs. « On entend souvent dire que les aéroports, et plus particulièrement leurs aérogares, sont des passoires en matière de sécurité. Il faut se garder de jugements aussi péremptoires, rappelle Cédric Dubost, directeur associé et directeur Afrique chez Amarante International. Il s'agit de sites difficiles à sécuriser à une époque où la menace terroriste évolue constamment. J'en veux pour preuve notre expérience puisque qu'Amarante intervient aujourd'hui sur six plates-formes aéroportuaires (Alger, Dakar, N'Djamena, Port-Harcourt, Malabo‎ et Sao Paulo) où la société accompagne plusieurs compagnies aériennes en mettant en oeuvre les mesures de sûreté additionnelles. Il faut donc rester prudent et surtout se rappeler que ce type d'action terroriste aurait pu arriver quasiment dans n'importe quel aéroport, ailleurs dans le monde ou en France.  ».

Alors que faire pour assurer la sécurité des voyageurs et des personnes travaillant dans les aéroports ? Mettre en place une fouille des bagages et des passagers aux portes d'accès à l'aérogare ? Cela paraît difficile pour des infrastructures importantes disposant de plusieurs aérogares comme Roissy-Charle-de-Gaulle ou Orly. Les aéroports qui ont installé des portiques de détection aux portes extérieurs, comme c'est le cas en Egypte ou au Vietnam, ne sont pas de la taille des grandes plates-formes européennes. Même si lors de précédentes vagues terroristes, Roissy avait mis en place des contrôles des bagages aux portes extérieures des aérogares E et F. « Il faut se rappeler que le risque zéro n'existe pas, ajoute le responsable des opérations aériennes d'Amarante. On peut en effet tout imaginer en matière de sécurité et même envisager de construire des zones parfaitement stériles et hermétiques. Mais n'oublions pas qu'ici, il faut arbitrer entre la sécurité et l'exploitation, entre le filtrage des voyageurs et la fluidité des flux… C'est au gestionnaire de l'aéroport et aux compagnies aériennes de décider car les mesures déjà en vigueur sont relativement contraignantes pour les passagers qui doivent souvent se présenter plus de deux heures avant le décollage de leur avion. Que veut-on ? Créer des zones stériles à l'extérieur des aérogares pour filtrer les personnes et examiner les bagages ? Cela est très contraignant et ne fait que déplacer en amont les mesures d'inspection-filtrage. Au risque de créer des goulots d'étranglement qui constitueront alors de nouvelles cibles pour les terroristes ».

Sécurité et fluidité

Si on suit le raisonnement de Cédric Dubost, on comprend bien que des points de contrôle à l'extérieur, grâce à des portiques de détection et des systèmes radiographiques pour scanner personnes et véhicules, ne sont pas une solution correspondant à la nature même d'établissements confrontés à des problèmes de gestion de flux de plusieurs dizaines de milliers de personnes par jour. D'autant plus que ces solutions techniques coûtent cher et ne sont pas à la portée de tous les aéroports. Il vaut mieux, selon l'expert d'Amarante, réfléchir à d'autres solutions comme des scanners corporels, analogues à ceux conçus par la société Morpho, filiale du groupe Safran, qui permettent, de manière fluide, de contrôler passagers, bagages et marchandises. « Il faut par ailleurs garder à l'esprit qu'en matière de sécurité, le maillon faible est le facteur humain. Le recours à des solutions technologiques pointues et élaborées requiert un personnel particulièrement bien formé afin qu'il soit capable d'analyser au mieux les informations fournies par les machines », ajoute Cédric Dubost.

Daniel Cerdan, ancien membre du GIGN, est plus radical dans les mesures qu'il préconise. « Pour sécuriser les aéroports qui sont des cibles privilégiées des terroristes, tout comme les gares, il faut réfléchir aux procédures et solutions techniques qui permettraient de faire à l'extérieur tout ce qu'on fait aujourd'hui à l'intérieur. Par ailleurs, il faut aussi comprendre que les forces de l'ordre – police, gendarmerie et militaires du plan Sentinelle – ne suffisent pas pour assurer la sécurité de nos concitoyens et des personnes qui transitent sur notre territoire. Il va falloir très vite confier aux sociétés de sécurité privée et à leurs agents des missions de sécurisation de sites en leur donnant les moyens réels de le faire. C'est-à-dire en les armant ». Point de vue que partage Cédric Dubost : « Le déploiement des agents de sécurité privée sur le terrain va se généraliser. D'ici quelques mois, quelques années au plus tard, les pouvoirs publics vont être contraints de déléguer au secteur privé une importante partie des missions jusqu'à maintenant dévolues aux forces régaliennes. Les aéroports ne seront pas laissés à l'écart de cette tendance car nous sommes confrontés à un développement exponentiel du nombre de passagers par voie aérienne. Pour sécuriser ces flux importants, il sera nécessaire de faire appel à toutes les compétences. Publiques et privées ».

Et l'aéroport de demain ?

Ingénieurs, bureaux d'études, architectes et autres experts ont déjà réfléchi à ce que sera la plate-forme aéroportuaire du futur. Ainsi, les aérogares de demain seront plus compacts, plus ramassés pour les voyageurs n'aient pas à parcourir plusieurs centaines de mètres pour rejoindre leur avion. En ce qui concerne la sécurité, le recours à la biométrie sera de plus en plus utilisée. Et le Français Morpho a déjà conçu, développé et déployé des systèmes qui permettent de contrôler rapidement les passagers, sans qu'ils aient à poser la main sur un écran.

Si les solutions humaines et techniques innovantes existent, la difficulté réside donc dans l'arbitrage à trouver entre la sécurité et la fluidité des transferts des passagers sur des sites très importants pour l'activité économique du pays. Ainsi, comme le souligne notre confrère Le Figaro, « dans certains pays particulièrement visés par les menées terroristes, les autorités n'hésitent pas à filtrer l'accès aux aéroports dès les voies routières d'accès aux aérogares ». Mais cela paraît difficile, voire infaisable, sur l'Autoroute A1 qui dessert Roissy.

Toujours est-il que les attentats de Bruxelles montrent que les pouvoirs publics ne pourront pas faire l'impasse sur des mesures drastiques pour renforcer la sûreté aérienne. Dans les aérogares et sur les pistes. Et très vite…

 

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